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Tribune

Reflexions sur la mort annoncée d'un objectif
par Peter Wilson

Lorsque j’ai entendu le son – un bruit mat suivi de celui, caractéristique, d’un bouchon d’objectif roulant sur le carrelage de mon bureau – je n’ai pas voulu imaginer le pire. Un peu comme les étapes décrites par la théorie d’Elisabeth Kubler-Ross dans les années 70 lorsqu’il s’agit d’appréhender sa propre mort.

Le “refus” vient en premier. Je n’ai sans doute pas tapé l’objectif avec mon coude et il n’est pas tombé d’un mètre de haut sur le sol. Ensuite vient la “colère.” J’ai été vraiment stupide de laisser cet objectif sur le bureau, près de mon clavier, d’où il était très facile de le bousculer et je mérite ce qui vient de ce produire.

Ensuite vient ce que Kubler-Ross définit comme le “marchandage.” Si je ramasse l’objectif et que je découvre qu’il n’a rien, je ne le ressortirais jamais de son étui, sauf pour le monter sur mon appareil. Et j’achèterai un meilleur sac de transport, avec des compartiments mieux faits.

Ensuite vient la “dépression.” Mon objectif est probablement raide et je vais devoir en acheter un autre, chose que je ne peux pas me permettre en ce moment. Ensuite j’en suis arrive à l’“acceptation.” Il ne me reste plus qu’à sortir mon appareil du sac, y monter l’objectif et le tester pour voir l’étendue des dégâts et décider que faire.

Il ne m’a pas fallu longtemps pour décider, de façon prématurée semble-t-il, que l’objectif était sérieusement touché. Dans un premier temps, après l’avoir monté sur l’appareil, rien ne se produisit. Du tout. C’était comme s’il n’était pas monté sur l’appareil. Rien n’apparu dans le viseur ou sur le moniteur.

J’ai agité fré frénétiquement l’interrupteur de mon appareil, comme une tentative désespérée de lui faire subir une respiration électronique artificielle. Puis, alors que je le faisais (et je ne comprends vraiment pas pourquoi) l’objectif à commencé à reprendre vie. Par contre, il semblait ne pas pouvoir faire la mise au point.

Et bien, peut-être que je pourrais m’y faire. Je peux toujours faire la mise au point manuellement. Mais je savais bien que je me racontais des histoires. Si l’autofocus était flingué, il y avait sûrement d’autres dommages sérieux.

J’ai donc pris quelques photos dehors en faisant la mise au point manuellement et je suis rentré les inspecter sur mon ordinateur. Elles n’étaient pas seulement un peu floues mais aussi complètement surexposées.

J’ai pris le temps — très rapidement — de considérer apporter cet objectif hors garantie au service de réparation. Ce n’était après tout qu’un objectif de base, celui qui était livré avec mon reflex numérique dans le kit, un an auparavant. Il est maintenant possible de se procurer ce kit pour bien moins cher qu’à cette époque. Je me suis dit que payer un technicien pour le démonter et me dire que ses minuscules pièces électroniques étaient maintenant au paradis me coûterait plus cher que l’objectif. Des amis qui ont eu à faire réparer un appareil compact ont du tout simplement le remplacer.

J’ai récemment reçu par la poste une de ces offres permettant d’échanger son appareil compact de trois ans — qui coûtait 900 dollars neuf — pour acheter un nouveau modèle de la même marque. Combien pour le vieux machin ? Mais 50 dollars voyons !

Imaginez ma surprise lorsque j’ai découvert que la nouvelle version de l’objectif du kit coutait la bagatelle de 330 dollars… J’en étais donc à me demander si j’apportais l’objectif chez le réparateur ou si j’en achetais un neuf. Ou je pouvais aussi revendre mon boîtier et acheter un nouveau kit encore plus performant. Ou choisir de dépenser un peu plus sur un objectif de bien meilleur facture et plus lumineux. Ce qui commençait à me sembler la meilleure solution. Toujours est-il qu’au bout du compte, l’objectif en question semble s’être miraculeusement remis de sa chute. Les images que j’obtiens avec sont aussi bonnes qu’auparavant, mais je demeure tout de même prudent et m’attends au pire.

Tout cela m’a amené à envisager les dilemmes que rencontrent les propriétaires d’appareils numériques. A l’époque des appareils à film, lorsqu’on larguait un objectif par terre, il s’en tirait ou était mort, mais il n’y avait pas d’état intermédiaire. C’est parce qu’il n’y avait pas d’électronique embarquée. Et biens souvent, vous aviez (a) acheté l’objectif séparément ou (b) il était toujours disponible dans le magasin où vous l’aviez acheté et n’avait pas été remplacé par un nouveau modèle ou (c) le coût des réparations étaient bien inférieurs au pris d’achat.

Ca, c’était dans le temps, et il est révolu. Nous vivons maintenant dans une époque où l’achat d’un appareil photo n’est plus un investissement, sauf au niveau professionnel. Vous pouvez être certain qu’au bout de deux ou trois ans, l’appareil qui vous faisait rêver ne coûte qu’un dixième de son prix d’origine. Le mieux que vous puissiez faire lorsque vous le remplacez est de le donner à quelqu’un de votre entourage, le plus souvent à un enfant. En espérant qu’il sera encore un peu utilisé avant de finir dans un placard. Cela ne veut pas dire que les appareils non professionnels ne durent pas.

Ma fille utilise actuellement un compact Olympus de trois megapixels pour prendre des photos de ma petite fille qui m’avait été donné par un ami et qui n’a jamais eu besoin de la moindre attention. Je l’avais emporté avec moi en Europe pendant l’été 2003 et mon ami l’avait utilisé pendant une paire d’année avant cela. Six ans, c’est une éternité pour un appareil numérique.

J’espère que dans les cinq années qui viennent le marché de la photo numérique atteindra un équilibre, une fois la course aux megapixels achevée, et qu’au moins deux générations d’appareils auront suivies. A ce niveau, les appareils évolueront toujours sur le plan technique, mais les prédécesseurs seront toujours de bon appareils et non pas obsolètes. Ne serait-ce pas génial de pouvoir faire réparer son matériel sans que cela coûte plus cher que d’en acheter du neuf ? Oh je sais, je rêve…

Liens vers les tribunes précédentes de Peter:

 

Peter Wilson a été journaliste pendant plus de 35 ans pour des quotidiens comme le Vancouver Sun et d’autres publications nationales importantes du Canada. Pendant ces dix dernières années, il a écrit à propos des technologies émergeantes pour le Sun. Au cours de cette période, il a souvent publié des textes portant sur les développements de la photographie numérique et le boom qui s’est produit lors de son adoption par le grand public, tout en produisant des tests des derniers appareils. Mais il a aussi écrit sur la musique, les émissions télévisuelles et les productions cinématographiques. Son premier appareil photo était un Brownie Haweye et son premier reflex un Pentax Spotmatic. Il possède maintenant plus d’appareils numériques et de logiciels qu’il en aurait besoin.

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