Lorsque
j’ai entendu le son – un bruit mat suivi de
celui, caractéristique, d’un bouchon d’objectif
roulant sur le carrelage de mon bureau – je n’ai
pas voulu imaginer le pire. Un peu comme les étapes
décrites par la théorie d’Elisabeth
Kubler-Ross dans les années 70 lorsqu’il s’agit
d’appréhender sa propre mort.
Le “refus” vient en premier. Je n’ai
sans doute pas tapé l’objectif avec mon coude
et il n’est
pas tombé d’un mètre de haut sur le
sol. Ensuite vient la “colère.” J’ai été vraiment
stupide de laisser cet objectif sur le bureau, près
de mon clavier, d’où il était très
facile de le bousculer et je mérite ce qui vient
de ce produire.
Ensuite vient ce que Kubler-Ross définit
comme le “marchandage.” Si
je ramasse l’objectif et que je découvre qu’il
n’a rien, je ne le ressortirais jamais de son étui,
sauf pour le monter sur mon appareil. Et j’achèterai
un meilleur sac de transport, avec des compartiments mieux
faits.
Ensuite vient la “dépression.” Mon
objectif est probablement raide et je vais devoir en acheter
un autre,
chose que je ne peux pas me permettre en ce moment. Ensuite
j’en suis arrive à l’“acceptation.” Il
ne me reste plus qu’à sortir mon appareil du
sac, y monter l’objectif et le tester pour voir l’étendue
des dégâts et décider que faire.
Il ne
m’a pas fallu longtemps pour décider,
de façon prématurée semble-t-il, que
l’objectif était sérieusement touché.
Dans un premier temps, après l’avoir monté sur
l’appareil, rien ne se produisit. Du tout. C’était
comme s’il n’était pas monté sur
l’appareil. Rien n’apparu dans le viseur ou sur
le moniteur.
J’ai agité fré frénétiquement
l’interrupteur de mon appareil, comme une tentative
désespérée de lui faire subir une respiration électronique
artificielle. Puis, alors que je le faisais (et je ne comprends
vraiment pas pourquoi) l’objectif à commencé à reprendre
vie. Par contre, il semblait ne pas pouvoir faire la mise
au point.
Et bien, peut-être que je pourrais m’y
faire. Je peux toujours faire la mise au point manuellement.
Mais
je savais bien que je me racontais des histoires. Si l’autofocus était
flingué, il y avait sûrement d’autres
dommages sérieux.
J’ai donc pris quelques photos
dehors en faisant la mise au point manuellement et je suis
rentré les inspecter
sur mon ordinateur. Elles n’étaient pas seulement
un peu floues mais aussi complètement surexposées.
J’ai
pris le temps — très rapidement — de
considérer apporter cet objectif hors garantie au
service de réparation. Ce n’était après
tout qu’un objectif de base, celui qui était
livré avec mon reflex numérique dans le kit,
un an auparavant. Il est maintenant possible de se procurer
ce kit pour bien moins cher qu’à cette époque.
Je me suis dit que payer un technicien pour le démonter
et me dire que ses minuscules pièces électroniques étaient
maintenant au paradis me coûterait plus cher que l’objectif.
Des amis qui ont eu à faire réparer un appareil
compact ont du tout simplement le remplacer.
J’ai récemment
reçu par la poste une
de ces offres permettant d’échanger son appareil
compact de trois ans — qui coûtait 900 dollars
neuf — pour acheter un nouveau modèle de la
même marque. Combien pour le vieux machin ? Mais 50
dollars voyons !
Imaginez ma surprise lorsque j’ai découvert
que la nouvelle version de l’objectif du kit coutait
la bagatelle de 330 dollars… J’en étais
donc à me demander si j’apportais l’objectif
chez le réparateur ou si j’en achetais un neuf.
Ou je pouvais aussi revendre mon boîtier et acheter
un nouveau kit encore plus performant. Ou choisir de dépenser
un peu plus sur un objectif de bien meilleur facture et plus
lumineux. Ce qui commençait à me sembler la
meilleure solution. Toujours est-il qu’au bout du compte,
l’objectif en question semble s’être miraculeusement
remis de sa chute. Les images que j’obtiens avec sont
aussi bonnes qu’auparavant, mais je demeure tout de
même prudent et m’attends au pire.
Tout cela m’a
amené à envisager les dilemmes
que rencontrent les propriétaires d’appareils
numériques. A l’époque des appareils à film,
lorsqu’on larguait un objectif par terre, il s’en
tirait ou était mort, mais il n’y avait pas
d’état intermédiaire. C’est parce
qu’il n’y avait pas d’électronique
embarquée. Et biens souvent, vous aviez (a) acheté l’objectif
séparément ou (b) il était toujours
disponible dans le magasin où vous l’aviez acheté et
n’avait pas été remplacé par un
nouveau modèle ou (c) le coût des réparations étaient
bien inférieurs au pris d’achat.
Ca, c’était
dans le temps, et il est révolu.
Nous vivons maintenant dans une époque où l’achat
d’un appareil photo n’est plus un investissement,
sauf au niveau professionnel. Vous pouvez être certain
qu’au bout de deux ou trois ans, l’appareil qui
vous faisait rêver ne coûte qu’un dixième
de son prix d’origine. Le mieux que vous puissiez faire
lorsque vous le remplacez est de le donner à quelqu’un
de votre entourage, le plus souvent à un enfant. En
espérant qu’il sera encore un peu utilisé avant
de finir dans un placard. Cela ne veut pas dire que les appareils
non professionnels ne durent pas.
Ma fille utilise actuellement
un compact Olympus de trois megapixels pour prendre des photos
de ma petite fille qui
m’avait été donné par un ami et
qui n’a jamais eu besoin de la moindre attention. Je
l’avais emporté avec moi en Europe pendant l’été 2003
et mon ami l’avait utilisé pendant une paire
d’année avant cela. Six ans, c’est une éternité pour
un appareil numérique.
J’espère que dans les cinq années qui
viennent le marché de la photo numérique atteindra
un équilibre, une fois la course aux megapixels achevée,
et qu’au moins deux générations d’appareils
auront suivies. A ce niveau, les appareils évolueront
toujours sur le plan technique, mais les prédécesseurs
seront toujours de bon appareils et non pas obsolètes.
Ne serait-ce pas génial de pouvoir faire réparer
son matériel sans que cela coûte plus cher que
d’en acheter du neuf ? Oh je sais, je rêve…

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