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Tribune

Dispositifs frivoles et nouveaux appareils
par Peter Wilson

Parfois, je suis un peu long à la détente. Pendant plusieurs jours, en testant un nouvel appareil compact numérique, je me suis demandé ce qu’étaient les mires qui apparaissaient dans le viseur lorsque je pressais le déclencheur à mi-course. Puis — après avoir pris une série de photos de ma petite fille et que des carrés ont apparu autour de sa tête — j’ai finalement compris. C’était le système de détection de visage. Comme toujours, j’aurais dû prêter plus d’attention au manuel.

Grâce à cette merveille de la technologie, des carrés apparaissent sur le moniteur là où l’autofocus estime qu’il y a un visage. L’idée est que tous les yeux, nez et bouches soient nets dans l’image, mais apparemment pas les oreilles. Je dois admettre que c’est très malin et surtout facilite la tâche lorsqu’on photographie des sujets mobiles. L’autofocus garde le sujet net tandis qu’on effectue un recadrage. Il n’est même pas nécessaire d’être plus précautionneux lorsqu’il y a plus d’un visage dans l’image… Pourtant, au lieu d’être reconnaissant d’une telle technologie, je suis plutôt ennuyé par la manifestation visuelle de la détection de visage. A un moment, je me suis même demandé comment désactiver le système, irritable que je suis. Où est donc ce fichu manuel ? Peut-être que si je cherche bien dans le menu de l’appareil je trouverais comment l’éteindre. Ah, le voici.

Je me suis alors rappelé de ma recherche faite sur web il y a quelques mois de ça pour découvrir et lire en détails des explications à propos des nouvelles technologies arrivant dans les appareils numériques. Il me semble pourtant qu'il n’y avait rien sur la reconnaissance de visage. En fait, le dispositif qui était exposé en détail était celui de l’assemblage des images panoramiques dans l’appareil. Une fois jointes, ces images forment un panorama sans avoir recours à un ordinateur (ce qui est tout à fait réalisable dans Photoshop, de façon beaucoup plus précise et évite d'encombrer une interface déjà assez complexe — mais je digresse…)

Avec autant de détails que l’assemblage panoramique, le site du constructeur en question exposait la réduction automatique d’yeux rouges et une autre fonction qui permet d’amincir les personnes. Ah, il y avait aussi toutes sortes de bordures décoratives pouvant être ajoutées aux images, toujours dans l’appareil. Je suis sûr que si cela était économiquement viable (ça l’est certainement techniquement), le constructeur aurait aussi permis de joindre aux images panoramiques des mp3s.

Au final, je m’étais encore fait exposer une série de fonctions que je n’utiliserais probablement jamais. Mais avec la reconnaissance de visage, les services de marketing ont fait un travail d’étude de marché très poussé, montrant que ce type de dispositif était le plus souhaité sur un appareil numérique. Je me demande bien quel a été le panel d’utilisateurs sondés, mais c’était certainement une fonction amusante à ajouter, bien que beaucoup de gens n’en ont sans doute que faire.

Bien entendu, je comprends bien les motivations des constructeurs qui recherchent et implémentent ce genre d’options dans l’interface de leurs appareils, surtout vu le manque total de loyauté dont les consommateurs font preuve dans le domaine de la photographie numérique.

Une étude de J.D. Power faite l’an dernier (une nouvelle devrait être disponible dans quelques mois) montre qu’entre 2005 et 2006, les consommateurs d’appareils numériques d’Amérique du Nord ont été fort peu influencés par la marque du matériel. En 2006, à peine 26% des consommateurs pensent acheter un nouvel appareil de la même marque que celui qu’ils possèdent — contre 35% en 2005. Pour être honnête, plus l’appareil est cher, plus le consommateur est loyal, mais cela vient du fait qu’on se retrouve tributaire d’une gamme d’objectifs avec les reflex. En publiant ces résultats, un des directeurs exécutifs de J.D. Power de la section de recherches en télécommunications et technologies, Steve Kirkeby, a dit: “ Dans un marché en pleine expansion, écouter attentivement et répondre aux consommateurs est crucial de la part des constructeurs qui veulent fidéliser leur clientèle.”

L’ennui avec une telle prescription est qu’il n’y a pas un type défini d’acheteur d’appareil numérique. Au cours des années, je me suis acheté beaucoup d’appareils différents et j’en possède actuellement trois: un reflex, un compact haut de gamme (trop encombrant pour être transporté aisément) et un que je peux porter dans une pochette s’attachant à la ceinture afin, je me l’imagine, d’éviter de me le faire voler. Donc, si les constructeurs prêtent attention à tous les consommateurs et à tous les niveaux, celle qui semble attirer le plus l’attention sont les amateurs de compacts-super-pour-les-anniversaires et pour capturer les membres de la famille se tenant devant un monument (okay, il y a bien une photo de moi quelque part me tenant devant l’Arc de Triomphe, mais c’était au tout début de la photographie numérique et d’abord je ne le ferais plus).

Il est vrai que dans le marché d’entrée de gamme pour monsieur tout le monde il y a un souci de qualité d’image. Personne ne désire avoir des images un peu floues, ou avec un ciel couleur vert-pourpre, ou avec des enfants démoniaques aux yeux sanguinaires.

Mais soyons honnête: les personnes photographiant à la plus petite taille d’image et avec la plus forte compression pour caser le plus d’images possible pour le moins cher possible ne sont pas forcément concerné pas leur qualité. Et si vous pensez que j’exagère, une étude récente faite au cours de la PMA montre que les cartes mémoire (54% des utilisateurs d’appareils numériques) sont la seconde source de stockage des images après le disque dur (72% des consommateurs) ! Ces deux méthodes de stockage sont suivies par les Cdroms et DVDs (53%) et les impressions (52%). Le fait qu’une bonne portion de la population utilise une carte mémoire pour conserver ses images sur le long terme est franchement inquiétant — autant que les personnes jetant leurs fichiers images une fois l’impression faite…

Ces utilisateurs d’appareils numériques (il faut sans doute pas les taxer de photographes) passent pas mal de temps à envoyer leurs images par email ou sur des sites web afin que les membres de la famille et les amis puissent admirer le petit dernier jouant dans sa piscine. Ces images ont encore été réduites afin de se conformer aux limitations de tels médiums et ne sont que des ersatz de ce qu’elles étaient à l’origine.

Regrettablement, ces options inutiles (enfin, je veux dire qui me sont complètement inutiles) semblent se propager aux appareils plus sérieux. Au final, on se retrouve avec des appareils saturés en fonctions diverses et variées — comme les téléphone cellulaires par exemple — dont environs 10% sont effectivement employées. Vous me direz: n’utilise pas la fonction de réduction d’yeux rouges ! Ou l’assemblage des panoramiques automatique ! Ou le traitement d’image faisant mincir les sujets ! Contente-toi de les désactiver au lieu de te plaindre. Tu es capable d’ignorer ces fonctions sur ton téléphone, alors fais de même sur ton appareil.

Toutefois, on assiste simultanément — et dans mon esprit paranoïaque je me demande si ces deux phénomènes sont liés — à une tendance qui fait disparaître ou détruit d’excellentes options, ou ignore des problèmes persistants. Mais cela est un autre débat.

Lorsque Microsoft a racheté le logiciel cross-plateformes de traitement et de catalogage d’images iView Media Pro et annoncé qu’il serait transformé en un logiciel appelé Microsoft Expression Media, il y a eu quelques appréhensions chez les utilisateurs de Mac — pas donné à $299 US — qui en perdraient le support.

Je ne me suis pourtant pas inquiété. Après tout, j’avais fait quelques interviews avec les gars de Microsoft qui s’intéressent beaucoup au côté Mac de l’informatique et je connaissais l’importance pour eux d’avoir Microsoft Word pour Mac et Office, etc.

J’ai donc déchargé la version d’essai pour Mac d’Expression Media et ai trouvé que ce logiciel fonctionne aussi bien que iView. J’ai donc patiemment attendu que mon numéro de série me parvienne pour finir la transition. Ce jour est enfin arrive début juin. Mais hélas, en visitant l’adresse du site indiqué dans l’email pour obtenir mon numéro de série, plus rien n’a fonctionné. Après plusieurs essais infructueux, j’ai envoyé un message aux gens d’iView. Aucune réponse. J’ai ensuite essayé Microsoft help. On m’a d’abord informé que vu que je vivais au Canada je devais appeler un autre numéro. Une fois ce numéro composé, j’ai été orienté vers un autre, correct cette fois-ci. J’ai enfin obtenu une dame très plaisante qui m’a transmis à un charmant jeune home qui n’avait aucune idée de ce qu’était Expression Media.

Je suis donc retourné dans les forums de Microsoft en quête d’une aide quelconque, pour y joindre un large group d’utilisateurs cross-plateformes se plaignant que le numéro de série fonctionnait sur PC, mais pas sur Mac.

Enfin, un message de Microsoft nous parvint. Désolé, les numéros de série pour Mac sont défectueux, nous allons en transmettre de nouveaux. Deux jours plus tard, le problème était réglé.

Hey, Microsoft, les utilisateurs de Mac sont déjà assez suspicieux et nerveux comme ça. Ca vous aurait embêté de faire bien du premier coup ?

Liens vers les tribunes précédentes de Peter:

 

Peter Wilson a été journaliste pendant plus de 35 ans pour des quotidiens comme le Vancouver Sun et d’autres publications nationales importantes du Canada. Pendant ces dix dernières années, il a écrit à propos des technologies émergeantes pour le Sun. Au cours de cette période, il a souvent publié des textes portant sur les développements de la photographie numérique et le boom qui s’est produit lors de son adoption par le grand public, tout en produisant des tests des derniers appareils. Mais il a aussi écrit sur la musique, les émissions télévisuelles et les productions cinématographiques. Son premier appareil photo était un Brownie Haweye et son premier reflex un Pentax Spotmatic. Il possède maintenant plus d’appareils numériques et de logiciels qu’il en aurait besoin.

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